Il y a dans Gargantua un épisode ou Rabelais fait rimer vin avec divin. Le goût du jeu de mot –toujours & encore) et la petite critique envers les moines (et leur lâcheté, ou disons leur perception différente face au combat) au passage.

Certains ont voulu voir dans cet épisode du sac du clos de l’abbaye de Seuilly par les hommes de Picrochole une référence au sac de Rome mené (en 1527) par les armées de Charles Quint.

Celui-ci, entendant le bruit que faisaient les ennemis à travers le clos de leur vigne, sortit pour voir ce qu’ils faisaient. En s’apercevant qu’ils vendangeaient leur clos sur lequel reposait leur boisson pour toute l’année, il s’en retourne au chœur de l’église où se trouvaient les autres moines, tout abasourdis comme fondeurs de cloches, et voyant qu’ils chantaient: »Ini – nim – pe – ne – ne – ne – ne – ne – ne – tum – ne – num – num – ini – i – mi – i – mi – co – o – ne – no – o – o – ne – no – ne – no – no – no – rum – ne – num – num…

– C’est, dit-il, bien chien chanté! Vertu Dieu, que ne chantez-vous:

Adieu paniers, vendanges sont faites?

« Je me donne au diable s’ils ne sont pas dans notre clos à couper si bien ceps et raisins que, par le corps Dieu, il n’y aura de quatre années rien à grappiller dedans. Ventre saint Jacques, que boirons-nous pendant ce temps-là, nous autres pauvres diables? Seigneur Dieu, donnez-nous notre vin quotidien! »

Alors le prieur claustral dit: « Que peut bien faire cet ivrogne ici? Qu’on me le mène au cachot. Troubler ainsi le service divin!

– Oui, mais le service du vin, dit le moine, faisons en sorte qu’il ne soit pas troublé; car vous-même, Monsieur le Prieur, aimez à en boire, et du meilleur. C’est ce que fait tout homme de bien. Jamais un homme noble ne hait le bon vin: c’est un précepte monacal.

Gargantua

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