On boit donc pas mal chez Rabelais, et pas n’importe quel vin.

Rabelais donne certaines provenances des breuvages, on boit local-Touraine. Dans le précédent extrait de la Dive bouteille, il fait référence à la Grande marmite de Bourgueil où se trouve un excellent vignoble). Dans ses différents romans, l’auteur évoque plusieurs fois le vin de La Devinière. Il détaille aussi différents cépages et les effets physiologiques de l’un d’eux, toujours avec humour.

 

 

Argus avait cent yeux pour voir; à un sommelier, il faut cent mains, comme à Briarée, pour verser infatigablement. – Mouillons, allez, c’est du propre que de se laisser dessécher! – Du blanc! Verse tout, verse, de par le diable, verse par ici, tout plein, la langue me pèle. – Pufez, Kamerad! – A la tienne l’ami! Gai, gai! – Là, là, là! Ça, c’est ce qui s’appelle s’empiffrer! – O Lacryma Christi! – Celui-là vient de la Devinière, c’est du pineau. – Ah! le petit vin blanc! – Sur mon âme, c’est un vrai velours! – Hé! hé! Il est bien ourlé; il tombe bien, c’est pure laine!

Gargantua

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(Episode du Torchecul)

– Mais, dit Gargantua, voulez-vous payer une barrique de vin breton si je vous dame le pion à ce propos?

– Oui, assurément, dit Grandgousier.

– Il n’est, dit Gargantua, pas besoin de se torcher le cul s’il n’y a pas de saletés. De saletés, il ne peut y en avoir si l’on n’a pas chié. Il nous faut donc chier avant que de nous torcher le cul!

– Oh! dit Grandgousier, que tu es plein de bon sens, mon petit bonhomme; un de ces jours prochains, je te ferai passer docteur en gai savoir, pardieu! Car tu as de la raison plus que tu n’as d’années. Allez, je t’en prie, poursuis ce propos torcheculatif. Et par ma barbe, au lieu d’une barrique, c’est cinquante feuillettes que tu auras, je veux dire des feuillettes de ce bon vin breton qui ne vient d’ailleurs pas en Bretagne, mais dans ce bon pays de Véron.

Gargantua

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Voulez vous encores un traict de Hippocras blanc. Ne ayez paour de l’Esquinance, non. Il n’y a dedans ne Squinanthi, ne Zinzembre, ne graine de Paradis. Il n’y a que la belle cinamome triée, & le beau sucre fin, avecques le bon vin blanc du cru de la Devinière, en la plante du grand Cormier, au dessus du Noyer groslier.

Tiers Livre

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Les bergers en question leur demandèrent poliment de leur en donner pour leur argent, au cours du marché. Car c’est un régal céleste, notez-le, que de manger au déjeuner des raisins avec de la fouace fraîche, surtout des pineaux, des sauvignons, des muscadets, de la bicane ou des foireux pour ceux qui sont constipés, car ils les font aller long comme une pique, et souvent, pensant péter, ils se conchient: on les appelle, pour cette raison, les penseurs des vendanges.

Gargantua

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Petit bonus : BOIRE (& MANGER)

– Je fais, dit le moine, bien davantage, car au chœur, en expédiant nos matines et services anniversaires, je fabrique en même temps des cordes d’arbalète, je polis des carreaux et des flèches, je confectionne des filets et des bourses à prendre les lapins. Jamais je ne suis oisif. Mais, par ici, à boire! A boire par ici! Apporte le dessert. Ce sont des châtaignes du bois d’Etroc: avec un bon vin nouveau, nous voilà juge de pets. Chez vous, le moût nouveau n’est pas  encore arrivé. Pardieu! Je bois à tous abreuvoirs, comme un cheval de juge promoteur!« 

Gargantua

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