LE VIN

De la naissance de Gargantua (qui réclame « A boire, à boire, à boire ») à la fontaine de vin de la Dive bouteille, l’idée de boire est très présente tout au long des œuvres romanesques de Rabelais. Mais, l’explication est donnée à la fin, on ne boit pas juste pour boire ou pour l’ivresse : boire est symbole de savoir, de curiosité.

Ronsard a laissé de Rabelais cette image encore prégnante d’un moine buveur, mais il a mal compris, ou imparfaitement. Rabelais est un savant épris de curiosité, de sagesse, de cette soif de tous les savoirs qui caractérise les humanistes. « La débauche de Rabelais se passait surtout dans son imagination et dans son humeur ; c’était une débauche de cabinet. » (Sainte-Beuve, causeries du lundi, 1857)

Que doit la naissance miraculeuse de Gargantua par l’oreille de sa mère à celle de Bacchus par la cuisse de Jupiter ?

Notons que dans ses œuvres, Rabelais –pourtant souvent grecquisant- fait référence à Bacchus et non à Dionysos.

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LA DIVE BOUTEILLE

Les aventures de Pantagruel et de Panurge (les Tiers/Quart & Cinquième Livres content l’aventure du mariage-ou-non-mariage-telle-est-la-question de Panurge) se closent sur l’épisode de la Dive Bouteille qui doit donner leur donner la réponse.

Chez Rabelais l’érudition se joint au drolatique ; du coup pourquoi ne pas voir, avec certains, des références à Babel / Platon / Socrate / Grèce antique dans ce passage.

Ce Cinquième livre, publié de façon posthume n’est qu’en partie attribué à Rabelais. Les débats semblent avoir toujours cours pour savoir quelle est la réelle par de l’auteur dans ce texte. Sont-ce des brouillons assemblés par d’autres ? Qui a complété ?…

Toujours est-il que vin est plus que vin, vin est savoir / vérité / philosophie.

 

[…] Trinch est un mot panoraculaire, et compris de toutes nations, et il signifie pour nous : Buvez. […] Et ici maintenons que ce n’est pas rire, mais boire, qui est le propre de l’homme ; je ne dis pas boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bêtes : je dis boire du vin bon et frais. Notez, amis, que de vin divin on devient, et qu’il n’y a argument aussi sûr, ni d’art de divination moins fallacieux. Vos Académiciens l’affirment, en rendant compte de l’étymologie du vin, dont ils disent qu’en grec « oinos » correspond à « vis », la force, la puissance car il a le pouvoir de remplir l’âme de toute vérité, de tout savoir et de toute philosophie. Si vous avez pris note de ce qui est écrit en caractères grecs sur la porte du temple, vous avez pu comprendre que dans le vin est cachée la vérité. La Dive Bouteille vous y envoie, soyez-vous mêmes interprètes de votre entreprise.

Cinquième Livre

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