Rabelais se rend plusieurs fois en Italie. Lors de l’un de ses voyages, il passe peut-être à Florence.

La date de ce séjour semble aléatoire, comme beaucoup d’éléments de la vie de l’écrivain. Alors certains cherchent, font des suppositions par rapport à l’oeuvre, en l’occurence Le Quart livre.

Dans l’édition de 1548, Epistemon parle de 12 anni fa (1), dans l’édition de 1552, petit changement, Epistemon dit il y a 20 ans (2). Si l’on suit Mireille Huchon (Rabelais, Gallimard) et Epistemon (projetant donc la vie de Rabelais dans ses oeuvres) cela fait référence soit au second voyage de Rabelais en Italie (1), soit au premier voyage de Rabelais en Italie (2).

Quoi qu’il en soit on y retrouve l’anecdote du moine d’Amiens trouvant que, franchement, c’est mieux Amiens que Florence :

Vrayement vous me reduisez en memoire, ce que ie veidz & ouy en Florence, il y a environ vingt ans. Nous estions bien bonne compaignie de gens studieux, amateurs de peregrinité, & convoyteux de visiter les gens doctes, antiquitez, & singularitez d’Italie. Et lors curieusement contemplions l’assiette & beaulté de Florence, la structure du dome, la sumptuosité des temples, & palais magnificques. Et entrions en contention, qui plus aptement les extolleroit par louanges condignes : quand un moine d’Amiens, nommé Bernard Lardon, comme tout fasché & monopolé nous dict.

L’ay aussi bien contemplé comme vous, & ne suys aveuigle plus que vous. Et puys ? Qu’est ce ? Ce sont belles maisons. C’est tout. Mais Dieu, & monsieur sainct Bernard nostre bon patron soit avecques nous, en toute ceste ville encores n’ay ie veu une seulle roustisserie, & y ay curieusement reguardé & consyderé. Voire ie vous diz comme espiant, & prest à compter & nombrer tant à dextre comme à senestre combien & de quel cousté plus nous rencontrerions de roustisseries roustissantes. Dedans Amiens en moins de chemin quatre foys voire troys qu’avons faict en nos contemplations, ie vous pourrois monstrer plus de quatorze roustisseries antiques & aromatizantes. Ie ne sçay quel plaisir avez prins voyans les Lions, & Afriquanes (ainsi nommiez vous, ce me semble, ce qu’ilz appellent Tygres) près le beffroy : pareillement voyans les Porczespicz & Austruches on palais du seigneur Philippes Strossy. Par foy nos fieulx i’aymerois mieulx veoir un bon & gras oyzon en broche. Ces Porphyres, ces marbres sont beaulx. Ie n’en diz poinct de mal. Mais les Darioles d’Amiens sont meilleures à mon guoust. Ces statues antiques sont bien faictes, Ie le veulx croire. Mais par sainct Ferreol d’Abbeville, les ieunes bachelettes de nos pays sont mille foys plus advenentes.

Rabelais, Le Quart livre, chap 11

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